"ADIEU, LE MAIRE M’A TUE"

_ Le démontage a commencé
lundi 26 octobre 2009
par  Bruno Poterie
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Ces mots, écrits en lettres capitales à la peinture blanche, ornaient la rambarde de la passerelle ce matin, avant que les ouvriers ne la démonte en fin de matinée. Dans 3 jours, il ne devrait rien rester de la passerelle qui était une rue pour les habitants du quartier.

Une voix s’est exprimée à la veille de la démolition de la passerelle, ou plus exactement de son démontage, et résume bien la situation : “Adieu, le maire m’a tué”. En effet, la suppression de la passerelle Winston-Churchill ne relève aucunement d’un impératif technique, mais bien d’une volonté délibérée, dogmatique, de requalifier la voie en la relevant à niveau : et c’est la seule raison qui justifie la suppression de la passerelle, ni le passage du tram ni même la station [1]. Encore une fois, l’obsession anti-voiture lancinante de la municipalité en place a eu le dessus sur la raison.

En ce lundi matin de vacances de la Toussaint, quelques habitants viennent jusqu’aux grilles regarder, avec un soupir, leur passerelle partir morceau par morceau, et les engins de chantier commencer à combler la rue. L’univers minéral et industriel qui s’offre à leur vue pour des années encore fait d’autant regretter la magnifique vallée enforestée d’avant, cette coupure végétale au coeur d’un quartier déjà trop bétonné.

C’est d’autant plus regrettable quand on lit la prose de la municipalité. A ce sujet, il est révélateur qu’encore aujourd’hui, la gallerie de présentoirs "avant/après" à la maison du tramway soit vide pour "l’avant" de la station Bamako, seul "l’après" étant montré : la municipalité aurait-elle peur de montrer à tout le monde ce qu’on supprime ? :


L’arrivée du tramway permettra de supprimer l’actuelle coupure routière du quartier.

La plate-forme tramway engazonnée sera "adossée" au quartier résidentiel pour agrandir les espaces verts et éloigner d’autant la circulation automobile apaisée. ...


A ce niveau de double-langage, il devient utile de relire George Orwell :


Political language. . . is designed to make lies sound truthful and murder respectable, and to give an appearance of solidity to pure wind.


Le language politique ... est conçu pour rendre les mensonges crédibles et le meurtre respectable, et pour donner une apparence de solidité au vent.

Foin de disgressions litéraires : en fin de matinée, une conférence de presse donnée au bord du chantier réunissait la presse et une délégation de la minorité municipale, ainsi que votre serviteur, directement concerné car habitant le quartier et utilisateur très régulier de la passerelle. Outre les inquiétudes sur la sécurisation, le débat a porté sur le manque de prise en compte des souhaits des habitants, et sur le financement improbable de l’ensemble du projet. On notera avec intérêt que le coût interne à l’agglomération a déjà atteind les 320 millions d’euros Hors Taxes, c-a-d 380 millions d’euros TTC. Et il y a encore plus d’un an de chantiers ! Quand on vous disait, ici même, que le coût final atteindrait les 340 millions d’euros (HT) ... Nous ne couperons pas à l’impôt ménage “agglo”, en sus des augmentations plus que conséquentes de la taxe d’habitation (+20% pour beaucoup d’entre nous).

Pour les locaux, il va falloir patienter : la passerelle sera entièrement démontée d’ici mercredi 28, puis il va falloir attendre que la rampe soit finie et un franchissement temporaire jeté sur la voie relevée ; d’ici là, ce sera le grand tour pour atteindre les commerces.


[1laquelle était d’ailleurs initialement prévue plus loin, à côté de la Poste , des commerces, et de la station de bus.