Pas de croisement possible : passer rue de la Roë devient un non-sens absolu

jeudi 6 septembre 2007
par  Bruno Poterie
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L’agglomération vient de se décider à rendre public une information qui se chuchotait dans les milieux informés depuis peu : il n’est matériellement pas possible de faire se croiser les trams dans le base de la rue (au niveau de la rue Bodinier).

 Le problème était connu d’avance

Cette information ne surprendra que ceux qui ne connaissaient pas le dossier ; tous ceux qui se sont intéressés à ce dossier ont pointé les problèmes posés :

  1. le sous-sol est un gruyère pas maitrisé et très largement instable, donc :
    — * certains travaux lourds récents dans cette rue ont occasionnés des fissures dans d’autres batiments, et des éboulements partiels de caves
    — * il faudrait colmater toutes les caves au béton : hors il y a 2 voire 3 étages de caves par endroit, couvrant tout le sous-sol, sans compter le frotte-pénil, les eaux usés, et les autres canalisations !
    — * la solution d’enfoncer des piliers métalliques, outre qu’il en faudrait des quantités énormes, condamnerait aussi de fait les caves ; et les travaux d’enfoncemebnt pourraient fort bien causer des éboulements et cassures dans les murs.
  2. l’espace laissé sur les côtés du croisement est plus petit qu’un trottoir normal, sans dénivellé au sol, donc :
    — * danger extrème pour les enfants et les personnes agés, qui ne jugent pas forcément correctement la distance à respecter s’il n’y a pas d’obstacle visible -type trottoir- au sol
    — * obligation résultante de pallisader les zones sures avec des barrières métalliques comme celles qui bordent les terrasses de café place du Ralliement et boulevard Foch
    — * impossibilité résultante de stopper temporairement un véhicule, que ce soit pour une livraison, un taxi, une ambulance etc ... les pompiers devraient monter sur la voie du tram, si cela est possible pour leurs véhicules ; et donc bloquer toute circulation.

Tous ces points, documentés, argumentés, nous en avions informés les commissaires-enqueêteurs lors de l’enquête publique ; la réponse relayée de la mission tramway était qu’il n’y avait pas de souci. Nous en avons informé le préfet en requête de sécurité, sans réaction spécifique. Nous en avons fait part partout. A chaque fois, nous étions retoqués, et nos arguments balayés d’un revers de main.

 Nous avons eu raison sur ce point ... et sur les autres sans doute aussi

Et pourtant, c’est bien nous qui avions raison ; et les faits, têtus, l’ont démontré. Les carotages du sous-sol -pourquoi, d’ailleurs, n’ont-ils été effectués qu’après la décision politique ?- ont démontré de façon irréfutable ce que tous les riverains savaient : on ne peut pas s’amuser à jouer avec le sous-sol de la rue de la Roë.

Ont peu donc légitimement se poser une question sur la crédibilité de l’ensemble : la décision de passer rue de la Roë, et les affirmations péremptoire de faisabilité, ne reposent sur aucune étude sérieuse, les "faits" assénés péremptoirement ne sont que du vent. Si c’est sur cette méthode qu’à été élaboré l’ensemble du projet du tram, quelle crédibilité lui reste-t-il ?

Rappelons qu’une autre "vérité établie" a déjà été démontrée comme fausse : un des arguments-massue pour le tram en général et le centre-ville en particulier était que les prix de l’immobilier allaient inmanquablement monter (un argument curieux dans la bouche d’un maire qui se dit de gauche, mais bon, passons...) et les commerces étaient favorisés par le passage du tram. Hors, il y a quelques mois, le Courrier de l’Ouest publiait dans une rubrique le détail que "aucune étude systématique de l’impact du tramway n’a encore été réalisé en France". Ce qui veut dire que les affirmations à ce sujet ne repose sur aucune données, sont sans fondement, bref sont du vent. Elles n’engagent que ceux qui les profèrent ... et ceux qui y ont cru.

 Et ensuite ?

Le plus abberant, dans cette histoire, est la position de l’agglo, hélas relayée telle quelle par les médias locaux. Au lieu de remettre en cause le passage rue de la Roë, on le maintient, en faisant comme si de rien n’était. Et pourtant : si c’était possible avant, pourquoi avoir prévu le croisement ? Ce n’est pas crédible !

Nous avons eu l’affirmation que le croisement était indispensable, car pour au moins 5% du temps, le cadencement et la vitesse de transit créaient un embouteillage de tram. En termes clairs, aux heures de pointe, le tram ne peut pas atteindre la vitesse nécessaire pour tenir le rythme, car le statut de rue piétonne de l’ensemble implique de rouler au pas, en croisant 2 flux de piétons (Lenepveu/bas du Ralliement, et rue St Laud). Ce n’était pas une question de vitesse en pente, mais bien un problème de sécurité pour les piétons. Ceci imposait de reccourir au croisement rue de la Roë.

La raison invoqué ne peut avoir disparue. Par conséquent, prétendre qu’on pourra accélerer est une pure invention. La seule façon de l’obtenir est de séparer physiquement la voie du tram de la rue piétonne, c-a-d d’encadrer la voie tram centrale par des barrières métalliques continues, sauf pour traverser par endroit, à l’image par exemple de la traversée à côté du jardin des plantes. Ce n’est plus du tout le même projet d’urbanisme. Et quid des livraisons dans ce cas, quid des véhicules de sécurité ? Bien entendu, ce n’est pas envisageable.

Donc, la seule solution est de laisser ralentir les trams ; et aux heures de pointe, on aura ce paradoxe d’un bouchon de trams, sur une voie réservée, avec 2 trams à la queue-leu-leu place Molière ou place du Ralliement. A l’heure justement, ou il s’agit de faire transiter beaucoup de gens en peu de temps. Et les trams continueront ensuite sur la moitié restante du trajet, l’un derrière l’autre, le premier plein et le second moitié vide, pour rien. Avec un "trou" de 5-6 minutes d’attente supplémentaire, à moins que le deuxième tram n’attende 3-4 minutes pour laisser filer le premier, mais au risque d’être à son tour rattrapé par le suivant ... c’est ubuesque !

La conclusion s’impose pourtant d’elle-même : sans croisement possible, le passage par la rue de la Roë perd tout son sens de transport rapide ; il faut envisager le passage par les boulevards, qui est d’autant plus intéressant que

  1. moins risqué en terme de délais
  2. très certainement moins cher, car sans dépenses prévisibles pour archéologie, travaux de soutènement, etc ...
  3. raccourcit d’autant le coût d’une éventuelle deuxième ligne partant vers Montplaisir ou St Barthélémy, cette ligne empruntant le boulevard jusqu’au bout ... doit-on rappeler que le coût en ligne est de l’ordre de 20 millions d’euros par kilomètre ? Et que 500 mètres de réutilisés, c’est 10 millions d’euros à prélever en moins dans la poche des angevins ???

Est-il alors raisonnable de s’entêter, alors même que les riverains sont quasi-unanimes à s’y opposer ? L’équipe à la tête de l’agglo fait preuve d’un entêtement bien peu conforme à l’intérêt général des angevins. A chacun d’en tirer les conséquences.


Commentaires  forum ferme

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vendredi 7 septembre 2007 à 18h45 - par  Philippe

Un bouchon de tramway aux deux entrées de la rue de la Roë c’est sans doute une belle idée pour "maîtriser le temps" et "mieux vivre la ville". Reste à savoir de quelle maîtrise du temps on parle.
De la part des élus de l’actuelle majorité municipale, c’est plutôt la folle envie de jouer les "maîtres du temps" mais surtout le temps des autres, ceux qui attendront dans le tramway qu’il ait la voix libre.
On connaissait le tramway nommé désir, mais à Angers c’est le tramway nommé délire qu’on risque devoir payer pendant longtemps.